(03/12) JOURNÉE INTERNATIONALE POUR L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE: Aux États-Unis, un musée pour raconter l’histoire des Afro-Américains

Alors que les violences policières contre les Noirs créent la polémique aux États-Unis, Washington vient d’inaugurer un ambitieux musée consacré à l’histoire du pays du point de vue des Afro-Américains. Rosa Parks, Chuck Berry et James Baldwin au programme.

Si Gina McVey n’avait pas croisé par hasard un soldat en uniforme dans une concession automobile de Californie, elle n’aurait sans doute jamais su que son grand-père avait joué un rôle non négligeable dans l’histoire des États-Unis. Gina et le soldat papotaient dans la salle d’attente. Elle a dit que son grand-père avait participé à la Première Guerre mondiale. « Qu’a-t-il fait ? a demandé le soldat. Dans quel corps a-t-il servi ? » Gina n’a su quoi répondre.

Ce grand-père paternel, Lawrence Leslie McVey Senior, vivait à New York. Gina avait 10 ans quand il mourut, et elle ne l’avait rencontré que deux fois. Mais elle se souvenait d’un détail qui participait du récit familial : il avait reçu une étrange médaille du gouvernement français, sans qu’elle pût s’en rappeler le nom. « L’expression [sur le visage du soldat] quand j’ai mentionné la médaille avait quelque chose de bouleversant. Il m’a demandé si mon grand-père était noir, raconte Gina McVey, une Afro- Américaine à la peau marron et aux yeux foncés. C’est alors qu’il a prononcé le mot. » La croix de guerre. « Il voulait savoir si c’était bien cette médaille que mon grand-père avait reçue. »

Gina se souvient de ce que le soldat lui a dit ensuite : « Savez-vous ce que vous possédez ? Vous possédez une histoire. » Ces mots, elle les a pris comme une injonction. Dans l’heure, elle s’est mise à chercher sur son ordinateur les noms des soldats noirs de la Grande Guerre. Moins d’un mois plus tard, chez sa mère, à Los Angeles, elle fouillait dans une boîte métallique oubliée dans un tiroir de la chambre depuis 1968 – l’année de la mort de son grand-père. Et il ne s’était pas passé quatre mois que Gina McVey se trouvait à Washington pour remettre le contenu de cette boîte aux conservateurs du nouveau National Museum of African American History and Culture (Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines).

La boîte contenait des médailles, des lettres d’éloges, des photos et des coupures de presse détaillant les états de service du grand-père dans le 369e régiment d’infanterie, entièrement composé de Noirs. Interdits de combats aux côtés des Blancs, les soldats de couleur étaient cantonnés aux rôles subalternes, cuisiniers ou débardeurs. Mais ils furent finalement redéployés pour combler les pertes françaises. Le monde entier avait alors reconnu leur conduite héroïque. « Je n’en ai jamais entendu parler à l’école, regrette Gina McVey. Il aura fallu attendre que quelqu’un dise : “C’est une chose importante, que nous devons partager.’’ »

Ce cliché de l'un des plus célèbres abolitionnistes est exposé dans le musée. Ex-esclave, Douglass fut la personne la plus photographiée de son époque. Ayant compris le pouvoir des images pour changer le regard porté sur les Noirs, il n'hésitait pas à poser. © Grant Cornett

Les musées de la Smithsonian Institution sont des lieux privilégiés pour comprendre ce que l’on entend par être américain. En ce mois de septembre, son dernier-né porte une mission différente : reconsidérer l’histoire des États-Unis du point de vue afro-américain.

Le musée attend 5 millions de visiteurs par an. Qui verront la croix de guerre de Lawrence Leslie McVey, et découvriront à quel point les préjugés envers les Noirs étaient la norme dans l’armée américaine. Ce qu’expliquait un mémo – secret – des autorités militaires rédigé en 1918 : « Bien que citoyen des États-Unis, l’homme noir est considéré par l’Américain blanc comme un être inférieur. » Et de conseiller aux officiers français d’éviter de prendre leurs repas avec des soldats noirs, de leur serrer la main, ou même de les féliciter, afin de ne pas les « pourrir ».

Le musée se situe à deux pas de la Maison- Blanche, en face du Washington Monument, dédié au premier président des États-Unis. Tout y est audace : sa mission, ses collections, son bâtiment (qui a coûté 540 millions de dollars) inspiré d’anciens arts africains. Son principal concepteur, David Adjaye, est un architecte britannique né en Tanzanie de parents ghanéens.

Entraves en fer – Ces entraves pour enfants étaient généralement fabriquées en Afrique et utilisées lors de la traversée de l'Atlantique. On pouvait attacher les petits par deux pour rendre leur marche difficile. © Grant Cornett

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Acte d'affranchissement – Quand l'esclavage était en vigueur, les esclaves libérés gardaient sur eux la preuve de leur statut. Joseph Trammel a fabriqué un étui en étain pour ses papiers. Ce document de 1852 décrit "un homme libre à la peau foncée" de 21 ans, avec des cicatrices sur le front et le bras gauche. © Grant Cornett

Étudier l’histoire de la population noire est crucial pour comprendre les États-Unis : les responsables du musée le rabâchent depuis une décennie. C’est une approche très risquée, surtout dans une institution telle que la Smithsonian, où l’on goûte peu les conflits culturels. Par exemple, en 1995, une exposition au Musée national d’histoire américaine, à Washington, a reconstitué la cafétéria du grand magasin Woolworth de Greensboro (Caroline du Nord). C’est devant celle-ci que, en 1960, quatre étudiants noirs avaient organisé un sit-in, car ils n’avaient pas le droit de s’y faire servir – et le mouvement avait pris une ampleur nationale.

Source : National geographic

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